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Association SCVA "Vivre la Mer"

Le temps en mer

Réflexion après un séjour d'insertion sociale :

Le temps en mer est bien sûr celui qui a été vécu lors des navigations. Il demeure donc en premier lieu le "temps présent" dont on a encore le souvenir. Et cette expérience du présent spécifique en mer est une question très particulière dans la vie de chaque navigant.

Certes, l e présent semble dû à l'action, au mouvement - à la fois parce que les heures s'étirent de façon originales en mer - c'est-à-dire que chacun des marins doit adapter son rythme singulier à celui du milieu maritime et des règles de fonctionnement du navire : "Il faut que tout le monde soit à son poste et paré à manœuvrer aux ordres du skipper" - à la fois parce que le groupe est restreint avec la contrainte de l'espace-temps limité et sans échappatoire physique -. Car au contraire à terre, on peut fuir les situations embarrassantes en changeant facilement de lieu : "Moi, je sais que j'ai un rythme décalé, j'ai l'habitude de sortir la nuit. La première nuit je me suis perdu et j'ai eu beaucoup de mal à retrouver le bateau" " Quand le voilier était au mouillage je ne pouvais pas sortir alors j'attendais que ça se passe". Dans la "vieille marine" on parle même du : "Temps vrai" , comme si le "temps faux" pouvait s'immiscer à l'intérieur de chacun des marins et le perdre, peut-être dans le néant abyssal de son être, à moins que le temps mensonger soit à terre : "J'étais à moitié paumée. Même si dans le bateau, il n'y avait pas beaucoup de place quand je suis rentré chez moi j'étouffais !" En mer, sur le voilier, bien sûr il faut séparer deux espaces, et donc deux temps en sorte : Celui de l'extérieur, qui peut être perçu à travers un monde chaotique, froid, humide ou à l'inverse languissant, brûlant et desséchant en plein été sous la canicule. Sur le pont et dans le cockpit il faut toujours se prémunir des agressions du milieu naturel et être vigilant à ses positions lors des manœuvres : " Pour les manœuvres on était bien dirigé, il faut que la manœuvre soit faite rapidement. C'est un temps actif : "Ça bouge ! c'est ça qu'est bien", mais parfois pénible dû à l'agression du milieu et aux contraintes inéluctables de l'avancement du voilier, car en mer "faire route" est obligatoire, puisqu'on ne peut s'arrêter sans vivre alors un inconfort encore plus grand : "Jean dormait souvent parce qu'il était malade" "J'étais motivé pour partir mais je ne pensais pas avoir le mal de mer". Le temps doit donc se dérouler dans le mouvement sans cesse du navire.À l'intérieur, un autre univers plus protégé accueille les navigateurs. Le temps pourra s'étirer plus sereinement a priori : "C'est le meilleur moment car c'est là qu'il y a le plus de convivialité". Chacun dispose d'un couchage, quoiqu'il puisse être amené à le prêter lors des changements de quarts . Oui, "en route" il faut considérer que les bannettes ne pouvant pas être équipées de toiles antiroulis ne sont pas utilisées "à la mer". Les seules qui soient utilisables deviennent donc communes. Dans le carré, l'espace subsiste ainsi limité, la circulation peut être toutefois difficile du fait des mouvements du bateau : "Pour passer à table il y avait un sens pour s'installer". Certains équipiers supportent mal de rester "en bas" et ils sont parfois malades , bien qu'il faille préparer les repas, ranger et caler les affaires, s'occuper de son hygiène minimum, bref vivre le voyage maritime avec une participation personnelle à part entière : " Il faut écouter la météo surtout pour savoir la force et le sens du vent. Quand il y a du gîte le bateau est penché, on prend de la vitesse. "On mettait les pieds sur les cloisons". Ce temps-là semble aussi celui d'une lutte pour le bien-être que chacun doit assumer seul suivant ses propres besoins et ceux de la vie en équipage.La navigation, dehors comme dedans, semble donc une "lutte" continuelle contre les agressions - contre le temps - dues aux situations pour trouver un équilibre physique et moral, en tout cas une adaptation à son rythme personnel : "On s'habitue vite et puis ça berce" "quand on se couche ça bouge encore !" ; c'est-à-dire de synchroniser "son horloge interne" aux mouvements de roulis et de tangages du navire et à la période souvent longue de la navigation sous voiles.Le temps sur le voilier qui navigue est bien un temps du présent, avant tout : "J'aime bien aider, faire quelque chose".*

 

* Les citations entre guillemets en italiques ont été exprimées par des participants lors du bilan d'un séjour d'insertion sociale.